« Une arme pour bléssés grave!»






vendredi 12 mars 2010

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage



Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu'à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d'un accès subit de vaillance et d'intransigeance, à l'égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l'Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

(...)

La société occidentale s'est choisie l'organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j'appellerais légaliste. Les limites des droits de l'homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l'Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l'aide d'un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu'un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n'en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n'entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu'aux extrêmes limites des cadres légaux.

J'ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu'une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n'allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s'en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l'homme.

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Aujourd'hui la société occidentale nous révèle qu'il règne une inégalité entre la liberté d'accomplir de bonnes actions et la liberté d'en accomplir de mauvaises. Un homme d'Etat qui veut accomplir quelque chose d'éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n'a aucune chance de s'imposer : d'emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.


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Sans qu'il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d'idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n'ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d'être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l'engouement à la mode. Sans qu'il y ait, comme à l'Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d'apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l'apparition d'un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m'est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes ... peut-être un professeur d'un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l'entendre, car les média n'allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux.

(...)


Il est impératif que nous revoyions à la hausse l'échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n'est pas possible que l'aune qui sert à mesurer de l'efficacité d'un président se limite à la question de combien d'argent l'on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d'un gazoduc. Ce n'est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l'humanité peut s'élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.


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Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l'être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l'ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut."

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978






vendredi 5 mars 2010




Pour moi, mon corps est devenu pareil à une élégante voiture de sport dont le possesseur tire fierté. Dedans, j'ai parcouru maintes grandes routes en direction de lieux nouveaux. Des paysages que je n'avais jamais vu auparavant se sont ouverts à moi, ont enrichi mon expérience.


Les muscles sont force autant que forme, et chaque système de muscles régit mystérieusement la direction où sa force s'exerce, tout comme s'ils étaient des rais de lumière qui auraient pris une apparence charnelle.

La forme enveloppant la force.

L'œuvre doit être organique.

De toutes parts rayonnant de lumière.



On doit assumer la responsabilité de ses paroles, une fois qu'on les a prononcées. Il en va de même pour le mot écrit. Si l'on écrit: je mourrai en novembre, alors on doit mourir. Si l'on fait une fois bon marché des mots, on continuera de le faire.


La plupart des écrivains ont une cervelle parfaitement normale tout en se comportant en sauvages; moi, j'ai une conduite normale, mais c'est à l'intérieur que ça ne va pas.


La mort ou l'instant qui la précède est l'unique réalité. De là, vivre, exister, participer à la réalité, c'est mourir. Cela le nihiliste le sait, mais il est résolu à vivre en contradiction avec ce dont il est convaincu.


J'ai compris que dans les circonstances ordinaires un homme n'est pas une réalité objective: il ne peut être objectivé que par la mort. On ne peut être sur d'exister que lorsqu'on meurt!


Le philosophe en chambre aura beau ruminer l'idée de la mort, aussi longtemps qu'il restera à l'écart du courage physique qui constitue un préalable à la connaissance, il demeurera incapable de commencer même à rien y comprendre.



Mishima Yukio



mardi 2 mars 2010

Et quand l'océan le submerge, il s'assied tremblant et frissonnant. Mais la disposition d'esprit de l'homme sage assure même à son corps un calme parfait. Le plus souvent elle écarte de lui les assauts de maladie, grâce à la tempérance, à un régime sobre, à un travail modéré: et si du dehors pointe une épreuve, c'est comme une rafale de vent qui passe. Notre sage y échappe " en manœuvrant les vergues souples et longues", comme le dit Asclépiade. Enfin, que ce même sage soit surpris par une attaque inattendue et furieuse, qu'il ne soit plus le maître, le havre n'est pas loin: il peut nager en abandonnant son corps, comme on quitte une chaloupe qui fait eau.

Plutarque


Il se dit qu'il vit mille fois plus dignement et aisément que des centaines de milliers d'autres mortels; et bénissant son bon génie et son sort, en sage il poursuit son chemin.

Ibid.


lundi 1 mars 2010

La parole qui n'a pas d'effet pratique est non seulement inutile mais pernicieuse:" Jadis, on répugnait à parler de peur d'être incapable de mettre en pratique ses maximes."

Celui qui ne se soucie ni de sa vie, ni de sa gloire, ni du rang, ni de l'argent, n'est pas d'un commerce facile. Cependant, seul un tel homme sera capable de souffrir toutes les épreuves au coté de ses compagnons pour accomplir une grande œuvre au service du pays.

Saigo Takamori

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